Histoire et caractéristiques de la tradition bouddhiste tibétaine Nyingmapa
14 Janvier 2013
Avant l'invasion chinoise, le Tibet comptait plusieurs milliers de monastèresabritant environ 500 000 moines et nonnes. Pour une bonne part, ils ont été détruits ou fort endommagés. Il n'en subsiste qu'une cinquantaine.
Le plus ancien monastère du Tibet est Samyé, fondé en 799 avec l'aide de Padmasambhava. Situé à 120 km au Sud-est de Lhassa et à 3400m d'altitude, près du village de Dragmar, là où est né Trisong Detsen. C'est là que s'est déroulé le fameux "débat de Samyé". Le monastère est construit sous la forme d'un mandala géant. Un mur de 3 à 4m de haut et de plus d'un kilomètre l'entoure, srumonté de 1028 petits chortens, symbolisant la chaîne de montagnes qui ceinture l'univers et ses 4 portes. Le temple principal représente le mont Mérou et on retourve dans les 4 directions les 4 continents avec chacun leurs deux sous-continents. Le temple principal est entouré d'une grande tour qui abrite des centaines de moulins à prière.
Il faudra attendre le douzième siècle pour que d'autres grands monastères apparaissent dans différentes régions du Pays des Neiges. Il faut comprendre qu'à l'origine, la plupart des pratiquants Nyingmapas ne vivaient pas dans des monastères et fondaient même une famille.
Parmi ces monastères, six sont des monastères "mères" ou magon, dont dépendent des monastères "fils" ou bugon, auxquels se sont ajoutés d'autres monastères additionnels ou yanggon.
Les six monastères "mères" ou mangon sont :
Kathok, fondé en 1159 dans la région du Kham par le maître Nyingmapa Katok Dampa Deshek (1122-1192) en l'honneur de Padmasambhava. Sa construction marque le renouveau définitif de la tradition Nyingmapa après la persécution du bouddhisme par le dernier roi du Tibet, Langdarma. Le monastère de Katok est le siège de la tradition Anuyoga. C'est la seconde institution monacale nyingmapa après Samyé. S.E Moktsa Rinpoché est le père de la lignée de Kathok. Khatok est considéré comme un lieu très puissant et parfois comparé à Bhodgaya.
Dorjé Drak, "Indestructible Rocher", fondé en 1610. C'était le siège de la lignée des Trésors du Nord (Jang-ter). Sacagé une première fois par les Mongols en 1717, le monastère a été complètement détruit lors de l'invasion du Tibet par les Chinois. Il n'a été que partiellement restauré. S.S. Taklung Tsétrul Rinpoché, actuel chef des Nyingmapas, dirige le monastère de Dorjé Drak.
Palyul, fondé en 1655 par Rigdzen Kunzang Sherab à Dergé, à l'Est du Tibet. Karma Kuchen Rinpoché est le douzième détenteur du trône de Palyul. Il existe une singularité dans la tradition de Palyul ou tradition de Namchö de feu Pénor Rinpoché : on y pratique Thögel avant Treckcheu
Mindroling, "Endroit de la parfaite émancipation", fut fondé en 1676 par Rigzin Terdak Lingpa, un disciple du cinquième Dalaï Lama, à 40 km de Lhassa. Mindroling était réputé pour l'étude des écritures, de l'astronomie, de la rhétorique et de la médecine traditionnelle. La lignée de Mindroling compte beaucoup de maîtres femmes accomplies. Le monastère a été sacagé par les Mongols en 1718 puis pendant l'invasion chinoise. Il est en cours de restauration. Pour en savoir plus sur l'histoire de Mindroling, consulter le site de l'association Samten tse : samtentse.asso.fr/mindroling/mif_histoire.html
Dzogchen, fondé en 1685 par S.E. Dzogchen Pema Rinzin, le plus famaux maître Dzogchen de l'époque et professeur du cinquième Dalaï Lama qui lui demanda d'aller dans le Kham et de fonder un monastère. Situé à 100km au Nord-ouest de Kantze, à 4000m d'altitude, au pied d'un énorme massif recouvert d'un glacier impressionnant.Tenzin Longdock Nyima est le septième abbé du monastère.
Séchen, fondé en 1735. Avant l'invasion, 165 monastères lui étaient affiliés. Les moines y apprenaient les rituels, la danse, la peinture et la tradition spirituelle. Chaque année, à la fin du premier mois du calendrier tibétain (février ou mars), il s'y tenait un festival de danses sacrées. Le monastère de Séchen et tous ses monastères affiliés furent détruits au cours de l'invasion chinoise. Dilgo Khyentsé Rinpoché en entreprit la reconstruction au Népal à partir de 1985.
Il convient de citer également Kachu, le seul temple Yarlung survivant du Tibet, situé à 35 km à l'Est de Samyé.
Les monastères Nyingmapas se sont développés également en Inde après l'exode de 1959 (Tekchock Namdrol Shedrub Dargyé Ling à Bylakuppe ; Ngedon Gatsal Ling à Dehradun ; Palyul Chokhor Ling et E-Vam Gyurmed à Bir ; Nechung Drayang Ling à Dharamsala ; Thubtem E-Vam Dorjey Drag à Shimla ; Séchèn à Bhodgaya) au Bhoutan (Gantey Gompa), au Sikkim (Pemayangtsé), au Ladakh (Thak Thok, fondé bien avant linvasion chinoise, au XVIème siècle), au Népal (Séchèn), en Chine (Yarchèn Gar) et en Mongolie (Ayui-yin Sümé).
De nombreuses associations se consacrent à la restauration ou à la reconstruction des monastères du Tibet.